De tout temps les brasseurs se sont regroupés en corporations ou guildes. Cela permettait au métier de s’organiser et de proposer, notamment, des prix de vente similaires, bien que ces derniers fussent souvent imposés par l’État selon les taxes. Les brasseurs de Porter dans une Angleterre engluée dans les guerres et les conquêtes maritimes en sont un exemple. Deux syndicats officiels se partagent aujourd’hui en France les brasseries de l’hexagone. L’un historique et l’un plus récent.
Quels rôles pour un syndicat de brasseurs en France
En France, les syndicats de brasseurs jouent un rôle central dans la structuration de la filière brassicole et la défense des intérêts des brasseries. Ils représentent la profession auprès des pouvoirs publics sur des sujets clés comme la fiscalité de la bière, les droits d’accise, les normes sanitaires ou la réglementation européenne. Ils assurent aussi une veille juridique indispensable dans un cadre réglementaire mouvant et permettent aux brasseurs d’être au courant des dernières réglementations à venir.
Ces organisations professionnelles favorisent aussi la mutualisation des connaissances techniques, l’accès à la formation des brasseurs, et la promotion de bonnes pratiques en matière de qualité et de traçabilité.
Enfin, en parlant d’une seule voix, les syndicats contribuent à donner du poids politique et économique à un secteur en forte croissance. Cela évite que les pouvoirs publics traitent la bière comme un simple produit annexe plutôt que comme un pilier du patrimoine français.
Qu’elles soient artisanales ou industrielles, les brasseries peuvent ainsi se rapprocher d’un organisme avec lequel discuter de leurs intérêts communs. La voix d’une petite brasserie ne pèse rien face aux géants hémicycles législatifs. Mais en se regroupant sous un syndicat, elles peuvent plus facilement faire entendre leurs contraintes.
Brasseurs de France
L’association des Brasseurs de France, c’est le syndicat historique du pays. Créée en 1878 à Paris par une structure alsacienne qui avait fui la guerre franco-prussienne de 1870, elle regroupe aujourd’hui 443 adhérents en métropole et en outre-mer. 98 % de ses membres sont des PME/TPE. Ils sont membres de The Brewers of Europe ainsi que de l’European Brewery Convention (EBC) mais également de l’Organisation Scientifique Internationale (OSI), de l’Association Nationale des Industries Alimentaires (l’ANIA) et de la CPME.
Les deux principales missions de Brasseurs de France sont :
- La défense des intérêts communs de la brasserie française et de la profession.
- La valorisation de la bière française, de son patrimoine et du savoir-faire exceptionnel de ses brasseurs.
Elle favorise également l’échange d’informations et la coopération entre ses membres. Notamment par une voie d’information, de formation, de recherche, d’évolution de la réglementation et organise des événements et concours pour la promotion de la bière française. Elle est également en lien direct avec les acteurs du secteur agro-alimentaire de l’amont (orge, levure, houblon) et de l’aval (distribution, bars, hôtels et restaurants). Selon leur site internet, “les activités liées à la filière brassicole représentent plus de 128 000 emplois et un chiffre d’affaires total de 15 milliards d’euros.”
On peut également retrouver sur leur site internet des annonces pour des offres d’emploi, du matériel ainsi que des formations, webinaires, actualités et autres ressources liées à l’univers de la bière. Le Syndicat Brasseurs de France fédère aussi bien les brasseries artisanales, indépendantes, historiques et familiales que les brasseries internationales.
Brasseries indépendantes
Le syndicat national des Brasseries Indépendantes, aussi connu sous le nom de SNBI, regroupe quant à lui moins d’adhérents, issus du milieu craft et artisanal. En ce sens, il représente seulement les brasseries indépendantes. Il a été créé bien plus récemment, en 2016.
De même que Brasseurs de France, sa vocation est d’informer et de former les brasseurs, de proposer des évolutions aux réglementations, de promouvoir la bière française et d’organiser des coopérations. Ceci afin de représenter, aider et défendre les petites brasseries en fédérant entre eux les acteurs du secteur. Il organise également des journées avec d’autres organisations comme la Sécurité Routière et donne toutes les informations sur les formations possibles pour devenir brasseur.
Sa lutte actuelle la plus importante est par exemple une demande d’aides au gouvernement pour sauver les brasseries artisanales qui seraient, selon leurs chiffres, 1 sur 10 à fermer en 2024. En cause, le retour de bâton économique de la crise sanitaire, l’inflation, l’explosion du coût des matières premières et celui de l’énergie. Parmi leurs revendications, une demande de trésorerie, l’alignement des droits d’accises sur ceux des viticulteurs, la dispense de licence pour permettre auc visiteurs la dégustation des produits, ou encore la revalorisation de la consigne du fût.
Le syndicat s’appelait jusqu’à récemment “le syndicat national des brasseurs indépendants”. Ses adhérents ont voté en mars 2022 pour en changer le nom à la suite de pressions des associations féministes pour inclure les brasseuses, encore peu mises en avant dans un milieu très masculin. La bière a pourtant, jusqu’à très récemment dans l’histoire du monde, été exclusivement brassée par des femmes. On pense par exemple aux Alewives du Moyen Âge.
En conclusion
Finalement, avec un nombre de 2 500 brasseries artisanales en France (répertoriées par le Rigal de la bière) peu de brasseurs sont syndiqués. Ils se regroupent ainsi parfois dans d’autres groupes, à l’instar des Guildes du Moyen-Âge, comme le FHL, le Front Hexagonal de Libiération. Il n’existe en revanche pas de syndicats uniquement dédiés pour les salariés des brasseries.

