Le degré d'alcool d'une bière est inscrit sur son étiquette.

Tout savoir sur le degré d’alcool d’une bière

Une bière à 5 %, ou 5°. Tout le monde voit à peu près ce que ça veut dire. Mais derrière ce chiffre apparemment simple se cache un empilement de conventions scientifiques, d’histoires de savants, d’unités de mesure héritées de différents pays, et pas mal de confusion sur ce que l’on boit réellement. Alors que signifie réellement le degré d’alcool lisible sur les étiquettes de nos bières ? Car non, 5 % d’alcool n’est pas une notion intuitive. Et oui, deux bières affichant des chiffres différents peuvent contenir exactement la même quantité d’alcool. Prenons le temps de remettre tout ça à plat.

Le degré d’alcool : une convention scientifique avant tout

Pourcentage, degré, alcool pur : même combat

En France, le degré alcoolique correspond à une définition précise : la proportion d’alcool pur (éthanol) contenue dans un volume total de boisson, mesurée à 20 °C.

Concrètement :

  • 5 % vol = 5 % du volume total est de l’alcool pur.
  • On peut écrire 5 % vol ou 5°.
  • Les deux expressions sont strictement équivalentes.

C’est une mesure normalisée pour une température donnée. Et ce détail est important : la température compte. L’alcool se dilate avec la chaleur. D’où l’existence historique de plusieurs unités, légèrement différentes.

Le degré Gay-Lussac : l’ancienne référence française

Jusqu’aux années 1980, la France utilisait le degré Gay-Lussac, du nom du physicien Louis-Joseph Gay-Lussac (1778–1850). Ce degré exprimait la teneur en alcool à 15 °C, et non à 20 °C. Résultat : une boisson titrant 40 % vol à 20 °C correspondait à environ 39,9° GL. La différence est minime, mais elle a longtemps servi de base de comparaison avec les systèmes anglo-saxons.

Louis-Joseph Gay-Lussac a donné son nom à une unité d'alcoolométrie.
Louis-Joseph Gay-Lussac a donné son nom à une unité d’alcoolométrie / François-Séraphin Delpech, Public domain, via Wikimedia Commons

Les autres unités selon les pays

Parce que tout serait trop simple autrement, chaque zone géographique a développé sa propre unité :

  • Aux États-Unis, on parle de proof
    → 1 proof = 0,5° Gay-Lussac
  • Au Royaume-Uni et au Canada, on utilisait le Sykes (ou Sikes)
    → 1° Sykes = 0,57° Gay-Lussac

Le système Sykes repose sur un hydromètre calibré pour une densité alcoolique précise à 15,5 °C. Autant dire qu’on est ici dans de la métrologie pure, pas dans la dégustation. Aujourd’hui, la majorité des pays ont basculé vers le pourcentage volumique, bien plus lisible pour le consommateur.

Quelle quantité d’alcool boit-on vraiment ?

Pourquoi le pourcentage ne suffit pas

Dire qu’une bière fait 5 % d’alc. vol. n’indique pas directement la quantité d’alcool ingérée. Ce qui compte, c’est évidemment le volume consommé.

Prenons un exemple simple :

  • Une bière de 25 cl à 5 % vol
  • Volume d’alcool pur = 0,25 × 5 / 100 → 0,0125 litre, soit 1,25 cl d’alcool pur

Mais l’alcool est plus léger que l’eau.

À 20 °C, sa densité moyenne est de 0,8 Kg/L

  • 1,25 cl = 12,5 ml = 0,0125 litre

Donc :

  • 0,0125 L × 0,8 kg/L = 0,01 kg
  • 0,01 kg = 10 grammes
  • 1,25 cl d’alcool pur × 0,8 → 10 grammes d’alcool

Voilà le chiffre clé.

Le “verre standard” d’alcool

En France, une unité d’alcool correspond à environ 10 grammes d’alcool pur. C’est pour cette raison que :

  • un demi de bière à 5°
  • un verre de vin de 10 cl à 12°
  • un shot de spiritueux de 3 cl à 40°

sont considérés comme équivalents du point de vue alcoolémie et servent de référence dans les bars pour “une dose” de boisson.

Apport calorique

Un gramme d’alcool apporte 7 kilocalories.

Donc :

  • 10 g d’alcool = 70 kcal

Un demi de bière à 5° apporte donc environ 70 kcal provenant de l’alcool. Ce qui est relativement faible pris uniquement ainsi. La réputation calorique de la bière vient surtout :

  • des sucres résiduels
  • du volume consommé
  • de ce qui accompagne la bière (rarement des brocolis)

Nous avons d’ailleurs détaillé ce point dans un article consacré à la fameuse question du ventre à bière.

Bières sans alcool, seuils légaux et idées reçues

À partir de quand une bière est-elle “sans alcool” ?

En France (et dans une bonne partie de l’Europe), une boisson est considérée comme sans alcool lorsqu’elle titre moins de 1,2 % vol.

À 1,2 % :

  • 1 litre contient environ 9,6 g d’alcool pur

Autrement dit :

  • 4 bières sans alcool de 25 cl, au maximum autorisé = 1 demi à 5° en termes d’alcool pur

On peut donc techniquement s’alcooliser à la bière sans alcool. Mais cela demande un certain niveau de motivation et des toilettes à proximité !

Les unités d’alcool indiquées sur les bouteilles

Sur certaines bouteilles ou canettes, on trouve une indication du type : 1,2 unité d’alcool. Cette valeur correspond au nombre d’unités standards, donc à des multiples de 10 grammes d’alcool pur.

Exemple :

  • une bière à 8 % en 33 cl → environ 2 unités d’alcool

Ce système permet une lecture plus rapide de la charge alcoolique réelle, indépendamment du volume ou du style de boisson. Il est particulièrement utilisé dans les pays anglo-saxons et dans les recommandations de santé publique.

Le degré Plato : quand le chiffre ne parle plus d’alcool

Plato ≠ alcool

C’est une source de confusion fréquente. Le degré Plato ne mesure pas l’alcool, mais la teneur en sucres du moût avant fermentation. Il correspond à la masse d’extrait sec contenue dans 100 ml de moût.

  • 12° Plato = 12 g de sucres pour 100 ml de moût

Ce système vient du physicien allemand Fritz Plato (1858–1938) et est encore très utilisé en brasserie. On le retrouve ainsi parfois sur les étiquettes de bière, surtout des pays de l’Est de l’Europe, ce qui porte parfois le consommateur français à confusion.

À quoi sert-il pour le brasseur ?

Le brasseur mesure :

  • la densité initiale (avant fermentation)
  • la densité finale (après fermentation)

La différence permet d’estimer :

  • la quantité de sucres transformés
  • donc, le degré d’alcool final

C’est un outil de production, pas de consommation.

Quand ça devient trompeur pour le consommateur

Certaines bières étrangères n’affichent que le degré Plato, ou les deux. On retrouve ainsi chez la brasserie tchèque Primator les bières “12”, “16”, “21” et “24” qui font référence au degré Plato et dont le degré alcoolique est respectivement de 5°, 7,5°, 9° et 10,5°.

La fameuse Pilsner Urquell, tchèque également à l’origine des premières Pils, affiche souvent elle aussi son degré plato sur la bouteille. C’est aussi le cas par exemple pour la bière AZIA Pilsner ouzbèke qui affiche 12° Plato pour 4,5 % vol.

Le houblon Saaz entre dans la composition de la fameuse Pilsner Urquell.
Le houblon Saaz entre dans la composition de la fameuse Pilsner Urquell / Pixabay

Un chiffre simple, une réalité complexe

Le degré d’alcool est sans doute l’information la plus regardée sur une bière. Et pourtant, c’est aussi l’une des moins bien comprises. Entre pourcentage volumique, unités d’alcool, degrés Plato et seuils légaux, il est facile de tirer de mauvaises conclusions – sur la force réelle d’une bière, sur son impact, ou sur ce que l’on consomme vraiment.Comprendre ces chiffres, ce n’est pas se compliquer la dégustation. C’est au contraire reprendre le contrôle sur ce que l’on boit.

Pour en apprendre davantage sur le brassage ou les styles de bières, vous pouvez retrouver nos ouvrages physiques et numériques, ici 😉

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