Bière La Trappe Triple

Bière simple, double, triple ou quadruple : quelle est la différence

Si vous consommez de la bière, vous avez probablement déjà entendu parler des bières triples (Tripel). C’est par exemple le cas de la bière Triple Westmalle, pour n’en citer qu’une. Pour autant, vous êtes vous déjà demandé ce qui signifie cet adjectif ? Et savez-vous qu’il existe également des bières doubles (Dubbel), des quadruples (Quadrupel) et en toute logique, des bières dites “simples”. Nous allons nous pencher sur la différence entre la bière simple, double, triple ou quadruple dans cet article.

Un peu d’histoire

En 476, à la chute de l’Empire Romain, l’Europe entre dans la période du Moyen Âge pour environ 1.000 ans. C’est une période qui vit de nombreuses avancées techniques et législatives pour la bière, alors brassée dans chaque village. Au VIᵉ siècle, les monastères commencent à brasser leur propre bière. Au IXᵉ siècle, ils commencent à récupérer le monopole du brassage… et quelques taxes pour l’église au passage. 

Et si l’on parle de monastères, c’est parce que l’appellation de bière “simple, double, triple et quadruple” n’est valable que pour les bières de monastère, dont la tradition ne se retrouve aujourd’hui presque qu’en Belgique.

C’est donc à partir du VIᵉ siècle que les moines s’essaient à la fermentation, et c’est une réussite. La bière (ou plutôt la cervoise à l’époque) était brassée pour ses vertus nutritives, pleine de micro-éléments et de glucides. Elle apportait de l’énergie tout en étanchant la soif. La première raison du brassage par l’église était de pouvoir fournir une boisson nourrissante aux moines durant les périodes de jeun, et qui se conserve. 

Les moines consommaient la bière à table, lors des repas, la servait aux voyageurs, aux invités de marque, et lors de jours de fêtes en rapport avec le calendrier religieux. Et nous allons voir que ces bières n’étaient pas les mêmes en fonction de l’occasion.

Il faut retenir qu’à cette époque, toutes les bières étaient des Ales, des bières de fermentation haute, les bières Lagers n’apparaissant qu’au XVᵉ siècle. Également, chaque région avait ses propres recettes. Elles étaient faites avec un mélange de plantes appelé “gruit” et spécifique à chacune. Il faudra attendre le XVIᵉ siècle et le Reinheitsgebot pour que les ingrédients soient uniformisés.

La Trappe Bière
La Trappe est brassée à l’abbaye Notre-Dame de Koningshoeven / Unsplash

Les différentes bières

La bière simple

La bière simple est aussi appelée “bière de table” ou “petite bière”. Il s’agit d’une bière blonde, de fermentation haute donc, avec un faible titrage de l’alcool, entre 3 et 5 %. C’était la bière de tous les jours, celle qui était servie à table (d’où son nom) pour les moines.

La bière double

La bière double a une densité et une alcoométrie un peu plus élevée que la bière simple, entre 6 et 8 %. Elle était brassée avec plus de malt, on l’appelait aussi “bière double grains” sans pour autant qu’il y ait réellement deux fois plus de malt utilisé. Les bières Dubbel sont toujours des bières de couleur brune, et généralement de garde. Elles portent sur des notes de fruits secs, de caramels et d’épices, caractéristique des levures belges. Un peu plus travaillées que les bières de table, elles s’offraient aux voyageurs faisant une halte au monastère.

La bière triple

La bière “triple grains” est brassée avec encore plus de malt, pour une alcoométrie encore plus élevée, entre 7 et 10 %. C’est une bière un peu ambrée, complexe en bouche, tirant sur les fruits et les caramels, voire le spiritueux. Elle a traditionnellement du caractère et était servi pour les invités de marque ou lors de fêtes religieuses. Ce sont principalement ces bières qui ont fait la renommée des bières d’abbayes.

La bière quadruple

Dans la continuité du style, les quadruples sont des bières avec une densité encore plus élevée. Cependant, ce ne sont pas des bières historiquement rattachées aux monastères et abbayes du Moyen Âge. Elles sont apparues dans le milieu du XIXᵉ siècle en Belgique. Ce sont des bières brunes qui tirent souvent à plus de 10 % et qui sont parfois vieillis en barriques. Ceci dans le but de leur conférer des arômes spécifiques.

Bière Triple Leffe
La bière triple a fait la renommée des bières d’abbayes / Unsplash

Les pièges à éviter

Comme pour chaque style de bière, il n’existe pas de réglementation spécifique concernant la bière simple, double, triple ou quadruples. Les brasseurs ne sont pas obligés de respecter un cahier des charges pour poser une dénomination. Ainsi, chacun peut attribuer le terme triple ou double à son brassin, en fonction de sa vision des choses (ou en fonction du marketing). Nous allons voir quelques exemples :

  • La bière Tripel Karmeliet est une bière triple d’abbaye, mais le terme triple fait également référence aux trois malts différents utilisés lors du brassage. 
  • Une bière triple fermentation (primaire, secondaire et refermentation en bouteille) est parfois dénommée “triple”.
  • Une bière peut aussi être appelée “double” en référence à son degré d’alcool plus élevé que d’ordinaire. C’est le cas des Imperial IPA (IIPA) parfois nommées “double IPA”.
  • Une bière utilisant trois ou quatre houblons différents pourra le mettre en avant en faisant apparaître le mot “triple” ou “quadruple” sur la bouteille.

Ce ne sont que des exemples de ce qu’il est légalement possible de faire. Dans certains cas, cela ne porte pas à confusion (et n’en est pas le but). Pour autant, les brasseries peuvent jouer sur les mots pour faire sortir leur bière du lot et tromper légèrement le consommateur.

Sur les bières triples et quadruples d’aujourd’hui, au lieu d’utiliser une plus grande quantité de céréales maltées (plus cher), du sucre est parfois rajouté. Cela dans le but d’augmenter l’alcoométrie finale. Et si vous vous posez des questions sur le maltage des céréales, nous en avons fait un article complet.

Les classifications de bière simple, double, triple et quadruple fait donc référence à quatre styles distincts de bières, allant des plus légères et désaltérantes aux plus denses et alcoolisées. Historiquement, ces dénominations, du moins pour les trois premières, ont été créées par les monastères en fonction de la dose de malt utilisée, bien qu’une bière triple n’ait pas trois fois plus de malt qu’une bière simple, et idem pour une bière double.

Ces dénominations sont réapparues au XXᵉ siècle avec le renouveau des bières d’abbayes belges, offrant au consommateur des bières avec plus de caractère et de corps que celles qu’il avait l’habitude de boire à cette époque d’après-guerre. Nous avons dit au début de cet article que toutes ces bières étaient des bières de fermentation haute. La bière de fermentation basse, largement représentée par la Pils étant arrivée bien plus tard.

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